Au
début des années 50, Brindas a eu la chance d'accueillir
Gaston Bensan, homme de presse ayant longtemps travaillé avec
l'écrivain et poète Louis Aragon, qui était aussi journaliste à l'Humanité.
La
rencontre entre Gaston Bensan et Louis Aragon s'est donc faite en 1937,
pour la création d'un autre journal communiste : "CE SOIR" (PS: voir page Wikipedia consacrée à ce quotidien). Dans
ses mémoires, Aragon dit (à propos du lancement du
journal) : "Sans Bensan, rien n'aurait été possible.
Je ne sais ce qui était le plus caractéristique chez lui
: sa naïveté ou son audace"...
Dès la Libération de Paris, la presse résistante
sort de la clandestinité et impulse "l'insurrection nationale".
Louis Aragon et Gaston Bensan sont bien sûr de ce combat.
Le dynamisme et les compétences de Gaston Bensan le conduisent à prendre des responsabilités au sein de la
Fédération Nationale de la Presse Française
(FNPF). Son esprit d'organisation et son enthousiasme conduisent le
journal à créer des événements dans les
domaines les plus variés (avec des personnalités comme
Montand, Mariano, Piaf, Cerdan... ou bien des courses cyclistes comme
Paris-Nice, etc). En 1946, Aragon réunit tout le 5e étage
de Ce Soir pour fêter les 40 ans de Gaston, lui marquant ainsi
son amitié et son estime.
Quelques années plus tard,
Gaston Bensan prend la direction d'Ouest-Matin à Rennes. Ses
compétences sont largement reconnues dans la presse
française, et il est élu vice-président du
syndicat des quotidiens régionaux. La direction du Patriote
à Toulouse (pour un an) marque encore une nouvelle étape
de sa vie professionnelle. Il poursuit ses activités de
trésorier général de la FNPF. Le président
de celle-ci loue les qualités de dévouement, d'ardeur et
d'habileté dont il a fait preuve depuis sept ans. Mais Gaston
Bensan va quitter progressivement la presse, tout en y conservant de
nombreuses amitiés.
Il
s'installe alors dans la région lyonnaise pour se rapprocher des
siens et aborder de nouvelles activités professionnelles. Devenu
membre de l'équipe dirigeante d'une entreprise lyonnaise, il
prendra sa retraite en 1976. Mais il soulignait : "La retraite
n'est pas un retrait !", et il le prouva largement...
Avec Fanny Bensan qui de tout temps l'a secondé dans ses
activités, il va prendre une part très active au
lancement du Club des retraités de Brindas et contribuer
largement à mettre en place toute une structure originale pour
la vie associative du village en créant notamment "Le Vieux
Brindas" consacré aux recherches historiques sur la commune. Il
dédiait ce travail "Aux obscurs, à tous les humbles qui
en 1000 ans ont fait notre beau village".
Les événements et les expositions s'enchaînent. Il
met à profit des dates anniversaires importantes pour
créer des fêtes mobilisant l'intérêt et
l'énergie des brindasiens : centenaire des écoles
publiques en 1983, bi-centenaire de la Révolution en 1989, etc.
Travailleur passionné et infatigable, il fait éditer des
plaquettes qui vont constituer une collection de
référence sur la vie locale. C'est lui aussi qui va
s'occuper de la création des noms de rues, en les liant le plus
possible à l'histoire du village. Pour le Vieux Brindas, il
avait choisi comme devise ce mot de Romain Rolland : "J'aime et j'admire le passé, mais je veux que l'avenir le surpasse".
Il sera fait citoyen d'honneur de Brindas en 1991. Un peu plus d'un an
après sa compagne Fanny, Gaston Bensan est
décédé en Décembre 1995.
Il avait aussi fait sienne cette phrase de Federico Mayor (directeur général de l'UNESCO) "Il
n'y a qu'une seule façon de faire avancer l'histoire, c'est
d'être utopiste. Jamais les réalistes n'y
parviendront !"
NB : Une exposition L. Aragon ("L'écriture faite homme") + G. Bensan avait en lieu à la Bibliothèque de Brindas en Septembre 1998. C'est à cette occasion que le documentaire vidéo avait été réalisé.

(Le dépliant pour le centenaire de la construction des écoles publiques,
manifestations à partir du 11 Mars et cérémonie/défilé, etc le 19 Juin 1983)

(Une dédicace de Gaston Bensan à des brindasiens qui comme lui s'occupaient ardemment de l'école publique laïque, car il était aussi devenu DDEN, délégué départemental de l'éducation nationale)
Article hommage paru dans l'HUMANITÉ du 3 janvier 1996
(on peut le retrouver dans les archives du journal)
GASTON BENSAN vient de nous
quitter, dans sa quatre-vingt-dixième année. (1) Militant
de la JC et du Parti, d’abord en Algérie, qu’il dut
fuir, dès l’âge de dix-huit ans, devant la
répression colonialiste, il eut ensuite des
responsabilités dans le Bureau d’édition, puis le
Centre de diffusion du livre et de la presse (CDLP), et à
« l’Humanité », jusqu’en 1936.
C’est alors qu’il fut
pressenti, à la fin de l’été, à moins
de trente ans, par Maurice Thorez, pour lancer, en tant
qu’administrateur, avec Aragon, « Ce
Soir », dont la publication venait d’être
décidée : « ... Tout était
à inventer, et il fallait improviser, parce que le délai
que nous avions pour arriver au numéro zéro du journal
nous forçait la main. Sans Bensan, rien n’aurait
été possible. Je ne sais ce qui était le plus
caractéristique chez lui, sa naïveté ou son audace.
Qui aurait bien pu se jeter à l’eau comme il le
fit ?... » C’est en ces mots, notamment,
qu’Aragon parle de lui, quarante ans après
(« OEuvre poétique », tome VII, p. 227 et
suivantes). L’expérience de ce grand journal du soir, de
gauche, indépendant, qui dama, dans l’opinion, le pion au
tout-puissant « Paris-Soir », dans les si
difficiles années 1937-1939, fut, grâce à Aragon,
à Jean-Richard Bloch, à lui, Gaston Bensan, et à
toute leur équipe rédactionnelle, technique et
administrative, très originale et porteuse d’avenir.
Mobilisé en 1939, puis
clandestin sous l’Occupation, il fut détaché par le
PCF comme « technique », en 1943, auprès
du Comité parisien de libération. C’est lui qui fit
l’affiche tricolore de l’insurrection parisienne. Il eut en
même temps la responsabilité d’occuper les locaux de
« Ce Soir », rue du Louvre, à peine repris
aux Allemands et de démarrer le journal, le 21 août 1944,
en l’absence de ses deux directeurs, et jusqu’à leur
retour, en octobre pour Aragon, et en janvier 1945 pour J.-R. B.
« Ce Soir », en 1945-1946, était le plus
important quotidien français. Gaston en assura
l’administration jusqu’en 1949, où il fut
appelé à la gestion de quotidiens de province en
difficulté, à Rennes, puis à Toulouse,
jusqu’en 1951. Il joua aussi, pendant cette période, un
rôle important dans la création de la nouvelle
Fédération nationale de la presse française de la
libération.
Ce camarade hors du commun restait
l’un des derniers de la génération des
années vingt, qui, avec une fermeté, une modestie, une
abnégation, une intelligence et un respect d’autrui sans
faille, ont tant contribué à faire du Parti communiste
français ce qu’il est devenu pour la défense et la
promotion de notre peuple.
(1) Dès l’annonce de
sa disparition, Pierre Zarka et Roland Leroy ont adressé un
message de condoléances à la famille.
JEAN ALBERTINI.
PS: Le numéro 7 (de 2005) des Annales de la société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet,
comportait plusieurs articles sur Gaston Bensan : une conversation avec
François Eychart en 1995 (où l'on apprend
énormément de choses sur la vie de Gaston, la
création de Ce soir, etc) , la retranscription d'un entretien
d'Avril 1982 avec Nathalie Neyret (sur la presse à la sortie de
l'Occupation), le texte d'Aragon qui répète que "sans
Bensan, rien n'aurait été possible" (...pour faire le
journal Ce soir). Texte qui figurait en fait dans l'édition de
son Œuvre poétique dans les années 70.
Le reste étant surtout consacré à des textes d'Aragon sur Romain Rolland.
Nous avons cru utile de détailler ici ce sommaire car il ne figure malheureusement pas sur le site de la Société et des Annales, qui s'arrête au numéro six.

(Une dédicace d'Aragon à Gaston Bensan, 1948)
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