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Gaston Bensan (1906/1995)

Homme de presse, ami d'Aragon
…et "brindasien d'honneur"



...C'était la distinction accordée par la commune, et aussi le titre d'un documentaire vidéo réalisé en 1998 par Christiane et Michael Hughes (oui, celui qui fait aussi des documentaires médicaux !), Henri Tachez et Elizabeth Andreys. Dont nous avons extrait une partie des éléments biographiques de l'article qui suit, avec leur permission. Cette vidéo est-elle encore ou à nouveau disponible ? C'est à voir avec l'association "Le Vieux Brindas"...).

Ce Soir, quotidien

Au début des années 50, Brindas a eu la chance d'accueillir Gaston Bensan, homme de presse ayant longtemps travaillé avec l'écrivain et poète Louis Aragon, qui était aussi journaliste à l'Humanité.
La rencontre entre Gaston Bensan et Louis Aragon s'est faite en 1937, pour la création d'un autre journal communiste : "CE SOIR" ("Le journal du Front Populaire et de la guerre d'Espagne"... voir page Wikipedia consacrée à ce quotidien). Dans ses mémoires, Aragon dit (à propos du lancement du journal) : "Sans Bensan, rien n'aurait été possible. Je ne sais ce qui était le plus caractéristique chez lui : sa naïveté ou son audace"...
Dès la Libération de Paris, la presse résistante sort de la clandestinité et impulse "l'insurrection nationale". Louis Aragon et Gaston Bensan sont bien sûr de ce combat.
Le dynamisme et les compétences de Gaston Bensan le conduisent à prendre des responsabilités au sein de la Fédération Nationale de la Presse Française (FNPF). Son esprit d'organisation et son enthousiasme conduisent le journal à créer des événements dans les domaines les plus variés (avec des personnalités comme Montand, Mariano, Piaf, Cerdan... ou bien des courses cyclistes comme Paris-Nice, etc). En 1946, Aragon réunit tout le 5e étage de Ce Soir pour fêter les 40 ans de Gaston, lui marquant ainsi son amitié et son estime.

Quelques années plus tard, Gaston Bensan prend la direction d'Ouest-Matin à Rennes. Ses compétences sont largement reconnues dans la presse française, et il est élu vice-président du syndicat des quotidiens régionaux. La direction du Patriote à Toulouse (pour un an) marque encore une nouvelle étape de sa vie professionnelle. Il poursuit ses activités de trésorier général de la FNPF. Le président de celle-ci loue les qualités de dévouement, d'ardeur et d'habileté dont il a fait preuve depuis sept ans. Mais Gaston Bensan va quitter progressivement la presse, tout en y conservant de nombreuses amitiés.

Gaston en 1984Il s'installe alors dans la région lyonnaise pour se rapprocher des siens et aborder de nouvelles activités professionnelles. Devenu membre de l'équipe dirigeante d'une entreprise lyonnaise, il prendra sa retraite en 1976. Mais il soulignait : "La retraite n'est pas un retrait !", et il le prouva largement...
Avec Fanny Bensan qui de tout temps l'a secondé dans ses activités, il va prendre une part très active au lancement du Club des retraités de Brindas et contribuer largement à mettre en place toute une structure originale pour la vie associative du village en créant notamment en 1972 "Le Vieux Brindas" consacré aux recherches historiques sur la commune. Il dédiait ce travail "Aux obscurs, à tous les humbles qui en 1000 ans ont fait notre beau village".
Les événements et les expositions s'enchaînent. Il met à profit des dates anniversaires importantes pour créer des fêtes mobilisant l'intérêt et l'énergie des brindasiens : centenaire des écoles publiques en 1983, bi-centenaire de la Révolution en 1989, etc.
Travailleur passionné et infatigable, il fait éditer des plaquettes qui vont constituer une collection de référence sur la vie locale. C'est lui aussi qui va s'occuper de la création des noms de rues, en les liant le plus possible à l'histoire du village. Pour le Vieux Brindas, il avait choisi comme devise ce mot de Romain Rolland : "J'aime et j'admire le passé, mais je veux que l'avenir le surpasse". Il sera fait citoyen d'honneur de Brindas en 1991. Un peu plus d'un an après sa compagne Fanny, Gaston Bensan est décédé en Décembre 1995.
Il avait aussi fait sienne cette phrase de Federico Mayor (directeur général de l'UNESCO) "Il n'y a qu'une seule façon de faire avancer l'histoire, c'est d'être utopiste. Jamais les réalistes n'y parviendront !"

NB : Une exposition réunissant Louis Aragon ("L'écriture faite homme") et Gaston Bensan avait été montée à la Bibliothèque de Brindas en Septembre 1998 en collaboration avec le groupe théâtre LES DEUX MASQUES et avec le concours de Jean Albertini. C'est d'ailleurs à cette occasion que le documentaire vidéo avait été réalisé.

 

 

(Le dépliant pour le centenaire de la construction des écoles publiques,
manifestations à partir du 11 Mars et cérémonie/défilé, etc le 19 Juin 1983)

dédicace de G Bensan

(Une dédicace de Gaston Bensan à des brindasiens qui comme lui s'occupaient ardemment de l'école publique laïque, car il était aussi devenu DDEN, délégué départemental de l'éducation nationale)



Article hommage paru dans l'HUMANITÉ du 3 janvier 1996

(on peut le retrouver dans les archives du journal)

Gaston Bensan  n’est plus...

GASTON BENSAN vient de nous quitter, dans sa quatre-vingt-dixième année. (1) Militant de la JC et du Parti, d’abord en Algérie, qu’il dut fuir, dès l’âge de dix-huit ans, devant la répression colonialiste, il eut ensuite des responsabilités dans le Bureau d’édition, puis le Centre de diffusion du livre et de la presse (CDLP), et à « l’Humanité », jusqu’en 1936.

C’est alors qu’il fut pressenti, à la fin de l’été, à moins de trente ans, par Maurice Thorez, pour lancer, en tant qu’administrateur, avec Aragon, « Ce Soir », dont la publication venait d’être décidée : « ... Tout était à inventer, et il fallait improviser, parce que le délai que nous avions pour arriver au numéro zéro du journal nous forçait la main. Sans Bensan, rien n’aurait été possible. Je ne sais ce qui était le plus caractéristique chez lui, sa naïveté ou son audace. Qui aurait bien pu se jeter à l’eau comme il le fit ?... » C’est en ces mots, notamment, qu’Aragon parle de lui, quarante ans après (« Œuvre poétique », tome VII, p. 227 et suivantes). L’expérience de ce grand journal du soir, de gauche, indépendant, qui dama, dans l’opinion, le pion au tout-puissant « Paris-Soir », dans les si difficiles années 1937-1939, fut, grâce à Aragon, à Jean-Richard Bloch, à lui, Gaston Bensan, et à toute leur équipe rédactionnelle, technique et administrative, très originale et porteuse d’avenir.

Mobilisé en 1939, puis clandestin sous l’Occupation, il fut détaché par le PCF comme « technique », en 1943, auprès du Comité parisien de libération. C’est lui qui fit l’affiche tricolore de l’insurrection parisienne. Il eut en même temps la responsabilité d’occuper les locaux de « Ce Soir », rue du Louvre, à peine repris aux Allemands et de démarrer le journal, le 21 août 1944, en l’absence de ses deux directeurs, et jusqu’à leur retour, en octobre pour Aragon, et en janvier 1945 pour J.-R. B. « Ce Soir », en 1945-1946, était le plus important quotidien français. Gaston en assura l’administration jusqu’en 1949, où il fut appelé à la gestion de quotidiens de province en difficulté, à Rennes, puis à Toulouse, jusqu’en 1951. Il joua aussi, pendant cette période, un rôle important dans la création de la nouvelle Fédération nationale de la presse française de la libération.

Ce camarade hors du commun restait l’un des derniers de la génération des années vingt, qui, avec une fermeté, une modestie, une abnégation, une intelligence et un respect d’autrui sans faille, ont tant contribué à faire du Parti communiste français ce qu’il est devenu pour la défense et la promotion de notre peuple.

(1) Dès l’annonce de sa disparition, Pierre Zarka et Roland Leroy ont adressé un message de condoléances à la famille.

JEAN ALBERTINI*.


dépliant 1998…*Jean Albertini, lui-même disparu en 2006. On l'avait rencontré notamment pour la réalisation de l'exposition Aragon+Bensan présentée en Septembre 1998 par le groupe théâtre "Les Deux Masques" et "Le Vieux Brindas" à la Bibliothèque de Brindas. On a même retrouvé le dépliant (car c'en était un. Cliquez pour le lire) édité à cette occasion…>>>


En annexe : La fiche de Gaston Bensan dans "Le Maitron" (né le 5 novembre 1906 à Tlemcen, Algérie, mort le 30 décembre 1995)…


PS: Le numéro 7 (de 2005) des Annales de la société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, comportait plusieurs articles sur Gaston Bensan : une conversation avec François Eychart en 1995 (où l'on apprend énormément de choses sur la vie de Gaston, la création de Ce soir, etc) , la retranscription d'un entretien d'Avril 1982 avec Nathalie Neyret (sur la presse à la sortie de l'Occupation), le texte d'Aragon qui répète que "sans Bensan, rien n'aurait été possible" (...pour faire le journal Ce soir). Texte qui figurait en fait dans l'édition de son Œuvre poétique dans les années 70.
Le reste étant surtout consacré à des textes d'Aragon sur Romain Rolland.
Nous avons cru utile de détailler ici ce sommaire car il ne figure malheureusement pas sur le site de la Société et des Annales*, qui s'arrête au numéro six. (PS : *Site à présent désactivé, voir celui de l'ERITA, Équipe de Recherche Interdisciplinaire sur Louis Aragon et Elsa Triolet).

 

Louis Aragon, Gaston Bensan et le journal CE SOIR [Wikipedia]: quelques épisodes…

Décembre 1944 : Lettre de démission d'Aragon à Gaston Bensan :
“…Je désire te dire que sans éclat, sans déclaration je me retire de la direction du journal, l'ayant (au moins je l'espère) dans ces deux mois à peu près remis sur pied."
(Une démission qui ne sera d'ailleurs pas acceptée, mais Aragon prendra un peu de repos…!)

Lettre Aragon

Photo au Printemps 1947 : Aragon (assis) reprend la direction du journal [après le décès de Jean-Richard Bloch <wikipedia>]…
Gaston Bensan est de profil (dégarni et très souriant) à gauche…

Aragon 1947

 


(Une dédicace d'Aragon à Gaston Bensan, 1948)


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Deux ouvrages biographiques sur Aragon avec une très riche iconographie et réalisés par Jean Ristat :
(NB: Gaston Bensan est mentionné dans les deux)

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2013 : "ARAGON, un destin français", par Pierre Juquin : -


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